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Que vaut une idée ? Marc Halévy - entretien
This is my site Ecrit Irene sur 28 January 2009 – 1:47

Sortie dans quelques heures de livre Que vaut une idée ? de Marc Halévy, prospectiviste, homme qui voit large et loin, fondateur et président du groupe Maran, auteurs de nombreux articles et livres, conférencier, et j'en passe.

Dans ce cadre, nous lui avons posé quelques questions, afin d'ouvrir ensemble le débat au sujet de ce livre…

- Marc Halévy, "Que vaut une idée ?" est un livre polémique au niveau du concept, mais en quoi pensez-vous que cela va concerner pratiquement les acteurs de l'entreprise ?

 

Aujourd'hui, ce qui donne de la valeur, donc du prix, aux biens et aux services, c'est l'intelligence que l'on y injecte. La concurrence ne joue presque plus sur les matériaux ou leur mise en œuvre mécanique, mais elle joue à plein que le "génie" que l'on met dans leur conception, leur optimisation et leur commercialisation. C'est la matière grise qui est devenue la matière première stratégique numéro un des entreprises. Et cette matière grise ne se gère pas, ne se mobilise, pas se transforme pas selon les mêmes logiques que la matière dure. Un seul exemple : un objet s'use lorsqu'on s'en sert alors qu'une idée ne s'use que lorsqu'on ne s'en sert pas. Pensez-y.

On peut mesurer, gérer, optimiser une chaîne de montage mécanique, mais qu'en est-il pour la production d'idées ? Productivité et créativité sont d'ailleurs souvent antinomiques, comme l'a montré Peter Drucker. Qu'on le veuille ou non, nous sommes entrés dans la société de la connaissance et dans l'économie de l'immatériel, avec comme conséquences très actuelles la fin du capitalisme spéculatif au profit d'un capitalisme entrepreneurial et créatif, la fin des organisations hiérarchiques, mécaniques et pyramidales au profit des organisations réticulées, organiques et complexes, le fin du management basé sur le rapport entre objectifs et résultats au profit d'un management basé sur le rapport entre intention et situation, etc …

- Vous parlez du divorce du prix et de la valeur, mais garder ces deux notions ensemble, n'est-ce pas fondamental pour l'entreprise ?

 

Nietzsche disait : "Tout ce qui a un prix n'a pas de valeur". Plus techniquement, il faut réapprendre à faire la nette distinction entre la valeur d'usage qui est ce que la chose sert à produire, et la valeur d'échange qui est ce que la chose coûte, son prix donc. Une action boursière a une valeur d'échange, mais n'a aucune valeur d'usage : je ne rien en faire d'autre que l'acheter ou la vendre car, intrinsèquement, elle ne sert à rien. Ce n'est pas la même chose d'une tournevis, d'un logiciel ou d'une méthode. Le divorce entre prix et valeur est au cœur de la "crise" que nous traversons où l'on se rend enfin compte qu'un prix (valeur d'échange dans l'économie virtuelle) n'a de sens que s'il représente vraiment une valeur (une valeur d'usage dans l'économie réelle).

Le prix doit être une conséquence de la valeur, pas un but en soit. Les entreprises de l'"économie réelle - les autres disparaitront, et le plus vite sera le mieux - doivent réapprendre à générer de la valeur sans se laisser hypnotiser par les cours du prix. Il y a encore et il y aura toujours un bon prix pour de la bonne et vraie valeur d'usage. On constate d'ailleurs que les comportements d'achat évoluent de plus en plus vite en ce sens - signant ainsi la fin de la grande distribution. De plus en plus de gens recherchent des produits et services de valeur et ne se contentent plus de la course absurde aux prix les plus bas.

Et les idées n'ont pas de prix, mais elles ont parfois de la valeur … qui peut aller à l'infini.

- Sur le ton un peu provocateur qui vous caractérise, vous mettez en avant le côté rare de l'intelligence… mais à l'époque de l'e-management, titre de la collection dans laquelle vous publiez, ne pensez-vous pas que la facilité d'accès à l'intelligence compense sa rareté ?

 

Notre époque signe l'accès massif et gratuit aux informations et aux savoirs, mais l'intelligence est tout autre chose. L'intelligence mesure notre capacité à mettre en œuvre et à tirer parti de ces informations et savoirs. La technologie n'y joue aucun rôle. La plupart de nos contemporains ont un cerveau, mais bien peu en ont le mode d'emploi. De moins en moins, même. La faillite de nos systèmes éducatifs est patente. Le nombre des emplois durablement non pourvus augmente d'année en année. Nos bacheliers sont de moins en moins aptes à la vie réelle ; ils ne savent plus lire, écrire et compter sans faute. Le taux d'illettrisme augmente sans cesse et a cru de 7% en 30 ans. Chez les jeunes gens de 18 ans, le nombre de mots bien maîtrisés, dans la langue maternelle, a chuté de 2000 en 1970 à 800 (voire à 300 dans les milieux dits "défavorisés") en 2005. Vous savez, donnez une encyclopédie à un troupeau de babouins, il n'en sortira, au mieux, que des boulettes de papier plus ou moins mâché.

Le XXème siècle a été le siècle de la technologie, c'est-à-dire de la maîtrise des techniques. Le XXIème siècle sera celui de la méthodologie, c'est-à-dire de la maîtrise des méthodes intellectuelles et mentales. Nous avons appris, depuis la révolution néolithique à domestiquer les matériaux (la métallurgie du bronze et du fer), les végétaux (l'agriculture), les animaux (l'élevage) et l'énergie (le moteur à vapeur, puis l'électricité, puis le réacteur nucléaire), mais il nous reste à apprendre à domestiquer l'intelligence ; c'est cela que j'appelle la révolution noétique (du grec Noûs : intelligence).

Et c'est dans les entreprises que cette intelligence est mise à l'épreuve, au pied de son mur. C'est là que l'intelligence crée la valeur de demain. C'est là que forge son destin, sinon son avenir. Or, les entreprises, aujourd'hui gère mal leur intelligence.

A votre tour, faites-nous part de vos commentaires et/ou de vos questions à l'auteur !

Et… bonne lecture ! 

Plus d'infos : http://www.edipro.info/que_vaut_idee_description.htm

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A propos de l'auteur : http://www.noetique.eu/ 

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4 réponses »

  1. La lecture de cet entretien m’intéresse beaucoup. Je vais aller voir le livre avant plus de commentaires…

  2. Bonjour, j’aimerais avoir l’éclairage de Monsieur Halévy sur le fait que, en France du moins (je ne sais pas ce qu’il en est pour les autres pays européens), seule une technique ou une technologie peuvent être brevetés, mais pas une idée ?

    Cet entretien a éveillé ma curiosité à tout le moins et je serais intéressée je pense par l’ouvrage !

    Cdlt

  3. Moi, je veux bien que vous me l’envoyiez. Je vous envoie un mail ?

  4. Un mail avec vos coordonnées, ou en utilisant le lien du bon de commande dans l’article, pareil…

    Et merci de votre intérêt, ça fait plaisir !

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